Walter Georges Henri

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Le meurtre du commandeur,
un roman de Haruki Murakami :
portrait de portraitiste

Le meurtre du commandeur, un roman de Haruki Murakami

Le meurtre du commandeur, Haruki Murakami : une analyse concise sous l’angle du portrait, par Walter Georges Henri, auteur de Portraits écrits.

Nombre de critiques littéraires ont accueilli tièdement Le meurtre du commandeur. Pourtant, le roman de Haruki Murakami reste, au moment d’écrire ces lignes, l’une des clés principales pour aborder l’œuvre de l’écrivain japonais

Le narrateur, qui est aussi le personnage principal du roman, est un peintre professionnel. Il exécute, selon un style académique, des portraits de dirigeants d’entreprise. Même si son coup de pinceau reste consensuel, on lui reconnaît un talent particulier. De ses portraits se dégage un supplément d’âme. Ce qui ne manque pas de l’étonner, n’appréciant guère le style prudent auquel il s’astreint, même s’il sait avoir introduit dans la démarche habituelle une originalité : il s’entretient d’abord avec la personne qu’il va peindre, ce qui la dispense de poser. 

Lorsque son épouse annonce vouloir le quitter, le peintre entreprend un road trip à travers le Japon. Il s’établira dans une maison de montagne, où travaillait un peintre célèbre. Une suite de rencontres et d’événements inattendus vont alors le conduire vers un renouvellement total dans sa manière d’exercer son art, et plus encore vers une redécouverte de lui-même. 

Ce choix de faire du narrateur un portraitiste n’est sans doute pas anodin chez Murakami. Le peintre qui s’entretient avec ses modèles avant de les peindre, qui les dispense de poser, cherche autre chose que la ressemblance, quelque chose qui se glisse dans la conversation, qui échappe à la volonté du modèle, et que le pinceau peut alors, peut-être, attraper au vol. Une conception du portrait qui affleure discrètement tout au long du roman, sans jamais s’imposer comme leçon.

Une question se pose, en refermant le livre : ce portraitiste en quête de renouvellement n’est-il pas aussi la figure par laquelle Murakami interroge sa propre pratique, sa façon d’approcher ses personnages de biais, de les laisser exister et se dessiner eux-mêmes ?

Dans Le meurtre du commandeur, roman épais mais sans longueur, la maîtrise de Haruki Murakami atteint des sommets, notamment par la façon avec laquelle il entre dans le processus créatif d’une autre discipline que la sienne, ce qui a de quoi subjuguer. Bien qu’il ne s’agit pas du thème principal, la réflexion menée quant à l’art du portrait, transposable à celui du portrait écrit, a joué un rôle non négligeable dans la l’enrichissement de ma propre pratique.