Walter Georges Henri

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Roma, un film de Alfonso Cuarón :
portrait de famille

Roma, un film de Alfonso Cuarón

Film Roma, Alfonso Cuarón : une analyse concise sous l’angle du portrait, par Walter Georges Henri, auteur de Portraits écrits.

Récompensé notamment par un Oscar du meilleur film international et un Oscar du meilleur réalisateur en 2019, le film Roma, écrit et réalisé par Alfonso Cuarón, est parfois présenté comme le portrait du personnage principal, Cléo, jeune femme au service d’une famille de la classe moyenne vivant dans le quartier Roma, à Mexico, dans les années 70.

Le documentaire Le chemin vers Roma offre un éclairage précis sur la genèse du film. Alfonso Cuarón nous fait découvrir avec quelle précision ont été reconstitués un cinéma, des rues de Mexico, des boutiques, la maison où il vivait avec sa famille. Les acteurs, jusqu’aux figurants, ont été choisis avec une aussi grande minutie.

En effet, Roma se nourrit des souvenirs du réalisateur mexicain. Des souvenirs se ravivant à mesure qu’il les fouillait, dans ce qu’ils ont d’heureux ou de douloureux. La famille que nous voyons évoluer dans le film, marquée par le départ du père, c’est la sienne.

Si Cléo est le personnage à travers lequel se déroule le fil narratif, extérieure à la famille tout en étant son ciment après le départ du père, il serait maladroit de dire que Roma dessine le portrait de Cléo.

La jeune femme est l’un des prismes par lesquels Alfonso Cuarón aborde le portrait de famille, de sa famille, tout en dépeignant le contexte social et politique mouvementé du Mexico d’alors. Cuarón a créé Roma comme s’il s’agissait de faire appel à un regard extérieur, celui de Cléo, afin d’accomplir une quête intérieure, la sienne.

Ce portrait de famille, Cuarón le compose comme on ranime braise après braise un feu qu’on croyait éteint. La mère, Sofia, qui doit reconstruire une autorité et une dignité que le départ de son mari a ébranlées sans les détruire. Les enfants, livrés à cette instabilité silencieuse que les adultes s’efforcent de leur dissimuler, et qui la perçoivent pourtant avec cette acuité propre à l’enfance. La grand-mère, figure tutélaire qui maintient l’équilibre du foyer avec la discrétion de ceux qui ont déjà traversé l’essentiel.

Chacun porte sa part du séisme familial, à sa façon, selon son âge et sa place. Et c’est précisément cette choralité, cette manière de distribuer le poids du réel entre plusieurs êtres, qui confère au film sa profondeur et sa vérité.

Roma n’idéalise pas. La famille que Cuarón reconstitue est traversée de fragilités, de non-dits, de moments où l’amour se manifeste par une présence obstinée. Un portrait d’autant plus saisissant qu’il est aussi, pour son auteur, un acte de mémoire et peut-être de réconciliation.