Walter Georges Henri

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La métamorphose, un roman de Franz Kafka :
portrait conjuratoire

La métamorphose, un roman de Franz Kafka

La métamorphose, Kafka : une analyse concise sous l’angle du portrait, par Walter Georges Henri, auteur de Portraits écrits.

Peut-on parler de portrait, à propos de La métamorphose, court roman de Franz Kafka ? Plus précisément, peut-on parler d’un autoportrait de l’auteur construit à travers le personnage principal, Gregor Samsa ?  

Gregor Samsa se réveille un matin transformé en cancrelat. L’histoire racontée par Kafka vire au cauchemar, plus rapidement encore que dans Le procès, Le château ou La colonie pénitentiaire : la découverte de sa nouvelle apparence, par Samsa encore couché dans son lit, ouvre le roman. De multiples pattes, désormais les siennes, s’agitent au-dessus d’un ventre brun et bombé.  

La timide compassion que sa famille lui témoigne brièvement laisse vite place à un mélange de répugnance, d’hostilité et d’indifférence. Cruel châtiment pour un homme qui ne faisait pas de vague, fils dévoué et employé modèle.   

Il y a bien sûr la tentation de considérer La métamorphose comme un autoportrait de Kafka, homme tourmenté, à la vie sentimentale calamiteuse, convaincu de son incapacité à aimer et à être aimé. Cette infirmité affective, c’est le sort qu’il réserve à Gregor Samsa.  

Pourtant, je vois davantage le roman La métamorphose comme un portrait conjuratoire. Il ne s’agit pas, pour Kafka, de réaliser son autoportrait symbolique, mais de conjurer, à travers le destin tragique dans lequel il précipite Samsa, une partie de lui qu’il rejette.  

Ce que Kafka tente d’exorciser, c’est moins la laideur que l’effacement. Samsa, avant même sa métamorphose, était déjà une créature transparente, absorbée par le travail et écrasée par les obligations. La transformation en cancrelat ne fait que rendre visible ce qui était déjà à l’œuvre : une disparition progressive, consentie, presque silencieuse.

En poussant cette logique jusqu’à son terme le plus radical, jusqu’à l’horreur physique et au rejet familial, Kafka lui donne un nom, une forme, une fin. Et peut-être, ce faisant, se donne-t-il les moyens de ne pas la subir.

Le portrait conjuratoire fonctionne ainsi : non pas comme un miroir dans lequel se reconnaître, mais comme un repoussoir que l’on fabrique de ses propres mains pour s’en éloigner. Écrire Samsa, c’est refuser d’être Samsa.

Gustave Flaubert aurait dit (il ne l’a jamais écrit, ce sont des propos rapportés) : « Mme Bovary, c’est moi. ».
Quant à lui, Franz Kafka aurait pu dire : « Gregor Samsa, cela ne doit plus être moi. »