Walter Georges Henri

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Eternal sunshine of the spotless mind,
un film réalisé par Michel Gondry :
portrait de couple

Eternal sunshine of the spotless mind, un film réalisé par Michel Gondry

Film Eternal sunshine of the spotless mind, Michel Gondry : une analyse concise sous l’angle du portrait, par Walter Georges Henri, auteur de Portraits écrits.

Effrayant procédé que celui mis au point par le Docteur Mierzwiak : effacer de la mémoire d’un patient tous les souvenirs se rapportant à une personne (voire à un animal de compagnie) qui, pour une raison ou une autre, est source de souffrances. 
Une dernière fois, les souvenirs défilent dans le cerveau trituré par l’invention infernale, sans qu’il soit possible d’en retenir le moindre fragment.

C’est l’expérience, amère, que s’impose Joel (joué par Jim Carrey) dans le film Eternal sunshine of the spotless mind réalisé par Michel Gondry

Les souvenirs que Joel voit s’éteindre un à un, implacablement, sont ceux de sa relation, sur le déclin, avec Clementine (Kate Winslet.) S’il a entrepris cette démarche auprès du Docteur Mierzwiak, c’est que, du jour au lendemain, Clementine semblait ne plus le connaître, amourachée d’un godelureau. 

 À mesure qu’ils s’évanouissent, ces souvenirs faits de bonheurs modestes mais authentiques, de disputes, de banalités du quotidien, intiment à Joel de mettre à l’abri une bribe de sa vie passée avec Clementine. Pour que tout soit de nouveau possible à son réveil. 

Ce portrait de couple, Gondry le dessine en creux, par soustraction. Joel et Clementine ne se ressemblent guère : lui, introverti, presque effacé, portant sur le monde un regard d’aquarelliste mélancolique ; elle, impulsive, changeant la couleur de ses cheveux comme d’autres changent d’humeur, habitée par une énergie aussi séduisante qu’épuisante. Deux solitudes qui s’étaient reconnues, un temps, dans leur différence même.

Ce que le film restitue avec une justesse troublante, c’est moins la passion que sa décantation : ces petits riens qui font le ciment d’une relation, avec ses aspérités, parfois ses malfaçons : une plage en hiver, une dispute pour presque rien, le silence confortable d’un matin ordinaire. Autant de scènes dont la banalité assumée dit mieux que n’importe quelle déclaration ce que signifie avoir partagé une vie avec quelqu’un.

Débordant d’inventions visuelles et narratives, sublimé par le jeu de Kate Winslet et Jim Carrey, Eternal sunshine of the spotless mind est un remarquable travail sur la mémoire émotionnelle, ainsi qu’un sensible portrait croisé de couple, conjugué au passé, et peut-être au présent.